LARUICCI X NYLON FRANCE MAGAZINE: SPECIAL EDITION

ON VEUT DE LA QUEER JOY !

 

Cette dream team en une de notre fanzine Pride représente une nouvelle génération de prise de parole queer sur TikTok qui met en lumière, vidéo après vidéo, une réalité, des idéaux, et du rêve rendu réel… et surtout beaucoup, beaucoup de love.

 

ALICE PFEIFFER / 25 JUIN, 2022

 

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À travers des contenus hautement suivis, viraux, iels incarnent un nouveau genre de visibilité, et œuvrent vers la construction d’un safe space où la visibilité et la communication sont clés. NYLON France les a shooté.e.s., écouté.e.s et, et célébré.e.s. Elleux, et la communauté toute entière qui se reconnaît en elleux, et qui a pu ainsi avancer, s’affirmer, se comprendre. Récit d’une époque qui s’exprime sur TikTok, fière, lumineuse, sans concessions.

 

Quel fut votre premier moment, votre première prise de parole que vous avez conscientisée comme « queer » ?

@ilya.lobacheva : Mon premier TikTok a été viral et je ne l’ai pas vu venir. Je faisais un « Get ready with me », je portais une chemise, des bottes, tout correspondait aux codes masculins, sauf ma jupe. Et c’est cette jupe qui a fait décoller le TikTok. Les gens ne comprenaient pas qu’il y ait des éléments masculins, des éléments féminins, et je me suis rendu compte qu’on était bien dans un débat queer !

@zeliahxo : Il y avait des gens qui disaient des choses transphobes sur TikTok, alors j’ai fait un duo et répondu. Je me suis pris une sauce monumentale sur les réseaux sociaux, on m’a affichée, on m’a insultée pendant des semaines. Et je ne me suis pas arrêtée :  je dis ce que je pense et si je pense que quelque chose n’est pas bien, je m’exprime.

@debbielabruja : Mon premier TikTok qui a percé exposait les trucs quotidiens qu’on peut recevoir en tant que femme, les tétons qui pointent, les choses qu’on aurait ou pas le droit de porter. J’ai pris position sur des codes hétéronormés et patriarcaux qui existent. Quand j’ai compris qu’il y avait moyen de dire les choses, qu’on pouvait être entendu.e, j’ai voulu y aller à fond pour faire passer des messages de tolérance, et donner confiance à d’autres personnes.

@hanabithek : Moi, je me suis affiché avec un drapeau LGBT, je me suis montré sur un runway et j’ai reçu plein d’insultes mais je suis passé à autre chose. Et puis, étant musulman d’une famille pratiquante, j’ai eu peur de m’assumer, mais j’ai passé ce cap grâce à mes ami.e.s qui m’ont dit « Vas-y, tu peux avancer ». Avec le temps, c’est venu, ça m’a pris cinq ans.

@iambilalhassani : Il y a aussi des inquiétudes qu’on a seul.e avant de recevoir la réaction de nos familles. Je viens aussi d’une famille musulmane et j’avais peur de Dieu quand j’étais petit, j’avais ce rapport personnel et direct avec ma foi. J’étais aussi terrifié de ce que j’entendais mes camarades de classe dire, j’avais des attentes affreuses autour de ce qui allait peut-être être mon coming out. Ce qui fait le plus de mal aux plus jeunes, c’est notamment les horreurs qui s’infiltrent par des biais indirects dans leurs cerveaux.

 

 

Qu’avez-vous eu à déconstruire ?

@iambilalhassani : Enfant, les codes du genre étaient très précis pour moi, car ils le sont toujours plus quand on est l’enfant un peu « bizarre ». On nous applique les règles de façon encore plus stricte, on me précisait encore plus le bleu, la chemise, le cargo… Le rapport à ces règles est renforcé chez les jeunes queers. C’était le plus gros truc à déconstruire chez moi avant d’arriver au stade où je m’en moquais. Ce n’est pas parce que les rayons existent que je dois choisir ci ou ça ; j’ai commencé par piocher dans les vestiaires dits « de meufs », j’ai vécu une période d’hyperféminisation ; puis j’ai réussi à déconstruire les a priori et j’ai pu retourner chez les mecs, tout mélanger. Aujourd’hui, je trouve de la masculinité dans la féminité et vice versa – ça ne veut plus rien dire.

@zeliahxo : Je suis là-dedans aussi, j’ai fait des féminisations faciales et j’ai enlevé toute ma mâchoire, parce que pour moi, mâchoire était égale à masculinité et maintenant que je me sens enfin bien, j’ai décidé de faire des injections pour récupérer de la mâchoire. Maintenant, je m’en fiche !

@debbielabruja : Par rapport au fait d’être une femme, j’ai toujours été hors cadre dès l’enfance et eu du mal à comprendre pourquoi c’était un problème pour les autres. Moi, je n’ai jamais imposé quoi que ce soit à qui que ce soit : si la personne s’épanouit comme ça, tant mieux. J’ai subi du harcèlement, j’étais hors cadre, on ne savait pas si j’aimais les mecs ou les meufs, on me disait de choisir un camp. J’ai eu à passer au-dessus de ce que les gens disent, j’ai tracé et les ai laissés de côté. Et puis, côté genre, comme beaucoup de femmes, j’ai ressenti des codes patriarcaux, j’avais du mal à m’habiller large, j’avais l’impression de perdre une part de féminité. Aujourd’hui, je m’en fous, je porte ce que je veux, on s’amuse beaucoup plus dans des codes queers que dans des codes hétéronormés !

@hanabithek : J’ai eu à déconstruire une double personnalité, je devais jouer un rôle dans la ville d’où je venais, et à Paris, je pouvais enfin être la personne que j’étais. J’ai finalement pu abandonner ce double rôle, ce qui a été un long chemin, notamment avec ma famille.

@iambilalhassani : Les choses vont vite… J’ai fait mon coming out lors du mois des fiertés en 2017 avec la chanson « Hold My Hand », qui racontait que je voulais tenir la main d’un garçon. Ça a été un moment hyper fort, reçu avec beaucoup de positivité. Entre 2017 et 2019, beaucoup de jeunes queers ont pris la parole et ont parlé librement d’identité. Le revers de ce moment a été ce qui se passe sur les réseaux :  on a donné une estrade à cette minorité, alors attention à ne pas leur laisser trop de pouvoir, de visibilité ! Quand une personne queer prend la parole, c’est immédiatement vu comme quelque chose de revendicatif, de politique. Alors, si notre présence l’est, tout ce que l’on exprime n’a pas à l’être.

@debbielabruja : C’est vrai, j’ai vu cette place limitée dans la musique notamment – en tant que femme queer décalée, tu te prends des « Elle est trop hardcore pour une femme », alors qu’en soi, c’est juste ma vie de tous les jours ! Est-ce que je dois mentir sur ce que je vis, parce que toi, tu ne le vis pas ? Aujourd’hui, c’est trendy d’être inclusif.ve mais on ne nous laisse pas assez vivre.

 

''AUJOURD’HUI, JE M’EN FOUS, JE PORTE CE QUE JE VEUX, ON S’AMUSE BEAUCOUP PLUS DANS DES CODES QUEERS QUE DANS DES CODES HÉTÉRONORMÉS !''

 

Quel sens des responsabilités ressentez-vous ?

@iambilalhassani : Quand j’ai commencé à m’exposer sur les réseaux sociaux, j’avais des fans très jeunes, pas encore très instruits sur les questions d’identité, de genre, de sexualité, et je passais beaucoup de temps à expliquer certaines choses à ma communauté. Aujourd’hui, mon public grandit, évolue, et j’apprends d’eux ! La jeunesse queer est en train d’écrire les codes de demain, ça bouscule nos habitudes : on se plaint d’avoir un nouveau terme tous les jours, mais en réalité, on s’enrichit tous les jours de nouvelles communautés, grâce à des fans qui arrivent à l’âge adulte et me font grandir !

@hanabithek : On doit éduquer les gens !

@ilya.lobacheva : Il a quelque chose d’assez chronophage à devoir éduquer les gens qui sont enfermés dans un contexte familial, scolaire. On est toujours là à expliquer les mêmes choses et pourtant, on est dans une empathie donc c’est vraiment un sentiment d’entre-deux.

@zeliahxo : C’est vrai, les mêmes commentaires reviennent toujours, et il faut toujours prendre le temps de réexpliquer. J’ai moi-même grandi et appris des termes que je ne connaissais pas. Ça peut prendre du temps de faire ce travail mais ça vaut le coup.

@iambilalhassani : T’as énormément de patience ! Je te trouve hyper brave dans ta façon d’exposer la question de la dysphorie, c’est déjà un combat avec toi-même que tu partages ouvertement et en plus, tu réponds à toutes les questions.

@debbielabruja : Tout ça procure un sentiment d’appartenance qui nous apporte notamment une terminologie qui est très importante parce qu’elle nous permet de nous définir.

@iambilalhassani : Il est si important, ce sentiment d’appartenance, parce qu’on est surtout beaucoup d’enfants perdu.e.s, on a le sentiment d’être trop ceci ou pas assez cela. On a des cases faites par nous-mêmes qu’on habite comme un abri, et j’espère qu’on pourra arriver, un jour, dans une future génération, à se dire « OK, on se kiffe tous ».

@debbielabruja : Car de base, s’il n’y avait pas de souci, il n’y en aurait pas besoin. On pourrait aimer ou être librement, mais comme la société a tout genré, on est obligé de passer par là, de se déconstruire.

@ilya.lobacheva : On joue avec les codes que la société a mis en place, on s’amuse avec pour mieux s’en libérer !

 

 

Quelles valeurs fondamentales défendez-vous ?

@hanabithek : La liberté et la liberté d’expression.

@debbielabruja : L’égalité et le respect.

@ilya.lobacheva : Le respect ! OK, tu veux t’habiller comme ça, mais pourquoi générer de la violence face au ressenti de quelqu’un d’autre même si tu ne le partages pas ? Tu peux être en désaccord, mais la base devrait être de respecter un ressenti que tu ne comprends pas.

@zeliahxo : Et garde tes opinions pour toi si elles sont blessantes.

Quel est le premier safe space que vous avez trouvé ?

@hanabithek : Mon premier safe space a été dans le voguing, la ballroom scene, où j’ai rencontré les premières personnes qui me ressemblaient, où je me suis senti en sécurité, et où j’ai pu m’épanouir. Sans ça, je n’aurais jamais pu m’assumer comme je le fais aujourd’hui.

@iambilalhassani : Moi, j’ai eu la chance d’avoir une maman très ouverte à la discussion, qui animait des débats avec mon grand frère. On a commencé quand j’avais 5 ans, on allait s’asseoir tous les dimanches et on lui posait toutes les questions qu’on voulait. Mon frère est haut potentiel émotionnel, il est hypersensible, moi, j’étais un entertainer, on était des boules d’énergie, et elle voulait créer un safe space. C’est là que j’ai pu lui demander pourquoi ça dérange les garçons quand je ne veux pas jouer au foot, pourquoi, quand j’ai dit à ma copine que j’aimais bien un garçon, elle a trouvé ça bizarre. Tout ça a permis des conversations très tôt sur mon homosexualité, des moments que j’ai oubliés mais qui m’avaient également préparé quand j’ai fait mon « proper coming out ». J’ai tout perdu à l’école. Le safe space, c’était la maison et ce n’est pas donné à tout le monde. Alors depuis que je suis exposé.e nationalement, lors de dédicaces, de concerts, de meet & greet, beaucoup de parents accompagnent les petits qui viennent, et ma maman reste et discute avec eux. Ce rapport entre parents prouve qu’ils sont parfois juste un peu dépassés, qu’ils ne savent pas comment aborder les choses, ne savent pas quoi dire ni faire, alors parfois, ils ont besoin d’un autre parent pour dire « Sois là pour ton enfant ». La communication reste la clé.

 

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@ilya.lobacheva : Le plus compliqué reste avec la famille. On dialogue différemment avec les membres de notre famille, qui ont directement l’impression qu’on est contre eux, qu’on part à la charge, alors qu’on veut juste parler d’un ressenti.

@debbielabruja : De mon côté, quand j’ai voulu annoncer ma bisexualité au lycée, la première réaction que j’ai eue, c’était que c’était sûrement une passade, c’était vu comme une mode. Mon père m’a dit que parfois, on peut être très ami.e.s, que ce n’est pas de l’amour… Mais merci, j’arrive encore à distinguer les deux !

@iambilalhassani : La représentation fait du bien ! Plus on existe bruyamment, plus on permet une représentation positive queer. Ce sont des récits qu’on doit mettre en avant pour permettre à ces images d’exister, car on ne peut pas mettre ce poids sur les épaules d’un enfant devant lui-même éduquer sa famille pour l’éduquer par la suite. Quand on demande un prince gay dans un film de Disney, c’est pour toute la force que ça peut apporter. Rappelons-nous combien Princesse Tiana, la première princesse noire de Disney, était puissante et importante.

@debbielabruja : Sans représentations, on se construit seul.e, dans des recherches à l’aveugle sur Internet. On voit des couples hétéros partout, dans les séries, dans les films, ils sont omniprésents. Et on ne demande pas d’effacer les hétéros, juste d’avoir une représentation fidèle du monde qui nous entoure.

Et aller dans une direction plus positive ?

@hanabithek : Quand Bilal a reposté mon premier clip, ça m’a donné tellement de force que j’ai fait le second ! 

@iambilalhassani : C’est important de se le dire entre nous, de s’envoyer des good vibes.

@debbielabruja : On se connaît tous.tes de loin, c’est si important de se hype up, de montrer de la solidarité.

@zeliahxo : Quand je vois du contenu qui me plaît apparaître sur la page For You de TikTok, je prends le temps de commenter, de donner de la force, j’essaye d’avoir des interactions, on me répond, on partage de bonnes vibes.

@iambilalhassani : C’est la clé du futur queer : l’espace doit être plus positif, on doit raise awareness et rester politisé.e.s bien sûr, mais on mérite aussi de belles histoires, des happy endings, de la couleur ! C’est pour ça que je fais de la danse fun, des chansons fun. Aujourd’hui, on entend tant parler de destins tragiques, horribles, qui sont déjà des réalités qu’on vit dans la vie, on veut aussi de la joie !

 

 

Source: https://www.nylon.fr/paola-locatteli-reine-des-coeurs/

 

 

Credits:

Journaliste : Alice Pfeiffer


Photographe : Marivan Martins

Styliste : Charline Prat

Coiffeuse : Maëva Gomes

Maquilleuse : Orystella Viti

Manucure : Fiona & Purple chez 11th Spot

Set Design : Antoine Meffrechol & Léna Moreau

Assistant photographe : Maxime Sicard

Assistants styliste : Nejma Musset & Robine Mukendi

Assistante coiffeuse : Jason Thomas

Assistants maquilleuse : Justine Kaponz & Michelle Fanfant

 

June 27, 2022 — Victoria Velandia

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